Partager l'article ! La régression et l'hypnose: Hypnose et régression Rares sont les disciplines qui traînent derrière elles une telle odeur ...
Rares sont les disciplines qui traînent derrière elles une telle odeur de soufre, un tel cortège de peurs, de préjugés, d'idées reçues. Il n'est pourtant pas dans notre propos de rétablir une
nouvelle fois le crédit de la science hypnotique ni de faire une présentation détaillée de cette technique thérapeutique ; d'autres l'ont déjà fait avec talent et une bibliographie fournie existe
sur le sujet. On sait par exemple que le champ des applications de l'hypnose est très vaste. On sait moins en revanche combien l'hypnose peut se prêter à de multiples utilisations.Les média et
les conférences démonstratives ont en effet habitué le public à considérer la technique sous sa forme la plus spectaculaire, c'est-à-dire dans la soumission d'un sujet aux suggestions d'un
hypnotiseur. Or, la suggestion directe ne constitue qu'un outil au sein de la palette d'outils que propose l'hypnose. Le thérapeute, dans la souplesse dont il doit faire preuve pour s'adapter à
son patient, dispose en outre - et sans que cette liste soit exhaustive - de la suggestion indirecte, de la suggestion métaphorique, de l'hypnoanalyse qui permet au patient d'explorer son passé
grâce aux régressions.
Cette approche thérapeutique que constitue la régression sous hypnose souffre depuis toujours d'une image négative. Celle-ci est due en premier lieu à la mode des "vies antérieures" qui,
pendant des années, a vu des personnes se découvrir une existence passée de moine tibétain, de déesse égyptienne, ou de personnage célèbre de notre histoire. L'image négative a été d'autre part
renforcée, nous venons de le souligner, par l'aspect souvent spectaculaire des régressions sous hypnose, qu'il s'agisse de la forme ou du contenu des séances. Il devenait en conséquence urgent de
replacer dans son cadre thérapeutique strict l'hypnothérapie régressive, et d'inviter le public à regarder les choses d'une façon pragmatique, détachée des passions et des croyances. Voici
quelques réponses aux questions que vous vous posez sur l'hypnose régressive.
Une régression est toujours personnelle, active, profonde, douloureuse, bouleversante, authentique. Elle passe d'abord par une phase de recherche où le sujet tatonne et se perd dans les
méandres d'un labyrinthe obscur. Puis viennent les retrouvailles avec une situation dans laquelle on perçoit quelque chose de familier - on ne sait pas quoi exactement mais on sent quelque chose.
Enfin et surtout, apparaissent les événements dramatiques qui ont constitué la source, la cause première des troubles qui empoisonnent notre vie quotidienne. C'est lorsque l'individu se trouve
confronté à ces événements dramatiques qu'a lieu le jaillissement émotionnel libérateur. C'est à ce moment seulement que se produit la catharsis purificatrice. Il n'y a pas de voie médiane : il
faut passer par la reviviscence pour engendrer un quelconque changement. Tout l'intérêt d'une régression réside dans cette reviviscence d'événements ne faisant pas partie du champ de la
conscience et dans la libération d'émotions qu'elle implique nécessairement. Qu'il s'agisse d'événements réels ou de leur expression symbolique, l'important est de les vivre dans sa chair et dans
toute leur dimension douloureuse.
Au bout de la démarche, en effet, se produit l'intégration dans la conscience de la cause première, la connexion entre le symptôme dont souffre la personne et la raison occultée de ce
symptôme. Autrement dit, on se rend compte que notre douleur, notre maladie ou notre mal-être étaient seulement un vêtement, un décor, un masque, l'expression de quelque chose de beaucoup plus
profond. Pour établir cette connexion, il a fallu, grâce à un état de conscience approprié, découvrir un sas de communication entre conscient et inconscient, extirper de ce dernier une
information donnée et la ramener en pleine lumière.
L'objectif d'une thérapie régressive - il faut le souligner - n'est pas toujours une guérison ou un soulagement. La régression, en effet, ne permet pas de soigner quelque maladie que ce soit.
Elle permet de soigner un malade, ce qui est fondamentalement différent. Certaines personnes souhaitent donc entreprendre la démarche, poussées par un désir d'évolution personnelle, ou encore
d'éveil à la spiritualité (lorsque les croyances ou les fondements culturels de la personne la font parler d'exploration des vies antérieures). On peut ne connaître aucun problème particulier, ni
physique ni psychologique, ni relationnel, mais pressentir une dimension supérieure de l'être humain. Au fond de nous, quelque chose pousse, remue. On peut dire que c'est l'aspiration naturelle
et fondamentale qui incite chacun d'entre nous à grandir, à élargir notre conscience, à nous relier à tout l'univers. On peut dire aussi, comme cela arrive parfois, que les problèmes dont nous
souffrons ne sont pas suffisamment handicapants pour que nous exprimions clairement l'existence d'un problème.
Dans ce cas, que peut apporter une régression ? Elle permet d'abord de comprendre qui nous sommes et pour quelles raisons nous sommes ainsi. En nous dévoilant leur origine véritable, elle
éclaire d'un jour nouveau nos penchants, nos attirances et nos répugnances, nos peurs, notre comportement familial, affectif, social. Elle souligne les raisons de nos échecs et de nos réussites,
les routes qui nous y conduisent.
Vivre ou revivre son passé (ou, pour celui qui croit aux vies antérieures, revivre ses existences et ses morts successives) permet aussi d'en savoir davantage sur le sens de notre vie. Si l'être humain s'interroge tant sur le sens de sa vie, c'est parce que ce dernier ressemble un peu à un ourlet : un centimètre de fil en pleine lumière, un centimètre caché derrière le tissu. Nous ne connaissons de nous qu'une petite partie, nous n'avons accès qu'à la surface de notre être et nous avons besoin de retourner à nos sources primitives pour explorer nos profondeurs. Imaginez un enfant à qui on offre une poupée qui parle. L'enfant se passionne pour son jouet, il passe de longues années à le chérir, la poupée devient un compagnon pour lui. Puis l'enfant grandit et le jouet est mis au grenier. Le temps passe, l'enfant devient adulte, il vieillit, il monte un jour au grenier et touche avec nostalgie les objets de son enfance. Il retrouve la poupée et tourne la clé qu'il y a dans le dos. Et alors, en entendant à nouveau la voix de sa poupée, tout le passé de l'homme resurgit soudain. Comme une vague, il le submerge. Les émotions d'hier se bousculent sur la scène présente et l'homme revoit défiler sa vie, ses apprentissages. Il aperçoit un peu du sens de sa vie.
De la même façon, je dirai que l'exploration de notre lointain passé raccommode l'ourlet de notre personnalité. Elle constitue une démarche unificatrice qui nous relie avec les couches les
plus intimes, profondes, secrètes de nous-mêmes. Qui nous relie aussi aux autres, aux animaux, aux choses les plus insignifiantes - goutte d'eau ou brin d'herbe -, aux phénomènes naturels, au
temps qu'il fait. Nous nous sentons alors unis à l'univers tout entier et l'existence prend une saveur nouvelle, une dimension plus vaste dans laquelle nous vivons enfin pleinement.
Les thérapies régressives se caractérisent par trois grandes phases : régression, expression, connexion. La régression a pour but de ramener dans le champ de notre conscience les données qui
sont à l'origine du symptôme actuel (douleur, maladie, mal-être, trouble psychologique...). Ces données ont en effet été oubliées ou refoulées et c'est leur disparition de la conscience qui
provoque la naissance d'un symptôme.
Après être entré en relation avec ces événements, le sujet va devoir les revivre et nous rejoignons là la question fondamentale de la reviviscence des faits tragiques. La personne va exprimer
- au sens premier du verbe : elle va faire sortir - toutes les émotions liées à ces événements. Elle va les raconter au présent et à la première personne. Comme si elle y était et comme si elle
n'avait pas retenu son émotion. Cela signifie d'abord qu'elle va exprimer sa souffrance par des larmes, des cris, de la colère, tous les sentiments humains qui disent la détresse. Cela signifie
aussi que les mots seront parfois absents de cette expression. Lorsque les événements traumatisants remontent en effet à la prime enfance, ils sont parfois traduits avec le langage dont disposait
l'enfant à cette époque et en fonction de sa capacité à comprendre - ou non - ce qu'est la souffrance. Certaines régressions font ainsi intervenir de très longs silences pendant lesquels le sujet
demeure prostré, des cris de nourrisson, des balbutiements, etc. Cette expression, quel que soit le langage qui la véhicule, constitue la phase libératrice du processus.
Enfin, dans une troisième phase, se produit la connexion. Elle a lieu après le retour à la réalité du temps présent. Elle conclut le voyage par une illumination, qui peut être soudaine ou se
réaliser au bout de quelques jours, voire quelques mois lorsque la thérapie est longue. C'est cette connexion qui nous fait relier nos problèmes actuels et les données du passé qui sont à leur
origine. Le sujet comprend enfin pourquoi il souffre de ceci, pourquoi il déteste telle personne, pourquoi il a peur de cela, etc. Alors, puisqu'aucune question ni aucune menace ne pèsent plus
sur lui, la connexion unifie sa personnalité et en permet la reconstruction. L'individu a quitté le monde symbolique pour s'ancrer dans le monde réel.
En fait, il se produit plusieurs choses à l'issue de la troisième et dernière étape. Sauf cas particuliers que nous aborderons dans un instant à la question consacrée aux obstacles, on
observe en premier lieu la disparition brutale ou progressive du symptôme pour lequel le sujet est venu consulter. La cause première ayant été mise en lumière, sa traduction symptomatique - donc
son expression concrète (la douleur, la maladie, le mal-être, la phobie, le problème relationnel...) - n'a plus lieu d'être. Cette dernière avait en effet pour unique fonction d'occulter la
réalité. Elle disparaît donc et libère une fantastique énergie qui était jusqu'alors détournée et utilisée pour camoufler la réalité. La personne n'ayant plus rien à cacher, cette énergie devient
disponible pour autre chose, pour la vraie vie. D'où le formidable élan vital qui habite soudain le sujet. Cette réappropriation de la totalité de notre énergie bouleverse notre quotidien et nous
nous sentons littéralement transformés. Vous connaissez tous de ces personnes - et vous en êtes peut-être - qui se traînent, sont toujours fatiguées, disent être épuisées dès qu'elles se
réveillent. Chez ces personnes en particulier, les modifications sont proprement surprenantes.
Vous avez maintenant compris que, si chaque seconde de notre existence demeurait gravée dans le champ de notre conscience, nous ne connaîtrions ni douleurs ni maladies psychosomatiques ni
troubles psychologiques. Toutes les données de notre vie, tous les événements seraient accessibles par simple rappel volontaire. Or, le problème vient de ce que certaines données, certaines
informations ont été éjectées de la conscience et archivées au fond de notre inconscient. Pour avoir accès à ces données disparues, il va donc falloir changer d'état de conscience, explorer
d'autres couches de notre personnalité. C'est la raison pour laquelle une régression implique nécessairement un changement d'état de conscience. Imaginez une personne souffrant de myopie.
Regarder des objets proches de ses yeux ne lui pose pas de difficultés. Le contour de ces objets lui apparaît avec netteté. En revanche, si cette personne porte son regard au loin pour apercevoir
quelque chose d'éloigné, sa vue va devenir trouble. Elle ne percevra que des formes vagues et indéfinissables. Pour remédier à la situation, elle va devoir chausser des lunettes. Alors, l'horizon
retrouvera toute sa netteté.
Faisons encore une autre comparaison. Imaginez un village posé au milieu d'une plaine. Un village composé de petites maisons à un seul étage et au milieu duquel est planté le clocher de
l'église. Lorsque vous vous trouvez dans la rue de ce village, vous voyez ce que voient tous les habitants du village se promenant sur les trottoirs. Dans votre champ de vision entrent les
villageois, les façades des maisons et des magasins, le tronc des arbres... Maintenant, imaginez que vous entriez dans l'église et que vous montiez tout en haut du clocher. Voilà un point de vue
tout à fait différent. Maintenant, vous apercevez le toit des maisons, le feuillage des grands arbres et toute l'étendue de la plaine. En prenant de la hauteur, en changeant de plan, vous avez
dans votre champ de vision un contenu tout à fait différent. Vous avez changé de perspective.
De la même façon que la personne myope a besoin d'un outil pour explorer un plan géographique éloigné d'elle, de la même façon que la plaine et les toits des maisons vous apparaissent
seulement du haut du clocher, chacun d'entre nous a besoin d'un instrument pour accéder à d'autres plans de conscience. Les techniques de relaxation, l'hypnose et l'auto-hypnose, la méditation
sont quelques uns des multiples instruments permettant de modifier notre état de conscience habituel qui est l'état de veille.
Faut-il pour autant avoir recours à une technique bien particulière pour obtenir une régression ? Certainement pas. Contrairement à ce que prétendent certaines écoles aussi obtues que
sectaires, il n'y a pas de règle en la matière. Chaque personne réagit à une procédure qui convient à ses schémas de pensée, à sa culture, à son système de croyances. L'important est de trouver
la technique propre à chacun et qui permettra d'atteindre le résultat attendu. La profondeur atteinte pendant la transe (on a coutume d'appeler ainsi l'état de conscience pendant lequel peut
s'opérer la régression) n'a pas non plus d'importance, contrairement à ce que l'on croit trop souvent. Il est nécessaire d'opérer une longue relaxation pour certaines personnes alors que d'autres
se contentent d'une position allongée et d'une courte concentration sur leur respiration.
Le seul élément digne d'importance, c'est la personne qui est là, devant vous et qui souffre, qui vous demande de l'aider. Cette personne est un être unique auquel il faut proposer une
démarche propre. Voilà pourquoi il n'existe pas de recette, pas de protocole standard à calquer sur chaque sujet.
Peur de ne pas se réveiller, peur qu'on nous fasse faire des choses qu'on ne veut pas faire, etc. Les idées reçues concernant l'hypnose ont la vie dure. Il n'est donc pas surprenant que le praticien rencontre des obstacles lors d'une régression.
Il se peut en premier lieu que la personne soit trop nerveuse, qu'elle ait peur de s'abandonner ou, plus simplement, qu'on ne lui ait jamais appris à se relaxer. Dans ce cas, on lui enseigne
une technique de relaxation et on lui demande de s'entraîner chez elle jusqu'à ce qu'elle estime avoir progressé.
Une autre raison à envisager dans l'échec de l'induction hypnotique doit être recherchée dans le fait que la personne attend trop. Elle veut arriver à se relaxer, elle guette le moment où
elle décrochera de l'état de veille. Or, c'est là quelque chose d'impossible. On ne peut pas à la fois s'abandonner et surveiller le moment où on lâchera prise. Songez à un moment où vous avez
souffert d'insomnie. Vous faites tout pour dormir, vous vous dites que vous allez dormir, que vous voulez dormir et, plus vous voulez, moins vous y parvenez. Pour quelle raison ? Parce que la
volonté et l'imagination sont incompatibles. Emile COUÉ, le père de la méthode du même nom, le savait bien, lui qui disait déjà "Entre la volonté et l'imagination, c'est toujours l'imagination
qui gagne". Voilà la seule règle à laquelle vous devez vous plier. Pour aller au fond de soi, pour explorer d'autres sphères de la réalité, pour changer d'état de conscience, il faut lâcher
prise, s'abandonner, ne plus penser, ne faire aucun effort.
Enfin, un dernier obstacle peut être trouvé dans le fait que le sujet a déjà lu des ouvrages sur les régressions et a considéré que la technique présentée était la seule possible. Il s'est
construit en conséquence un système de croyances rigide, une espèce de grille dans laquelle chaque étape de la régression est codifiée et minutée. La personne s'est enfermée dans un schéma de
pensée et il faut lui faire comprendre que, pour un même résultat, il existe de multiples voies d'accès. Généralement, une fois que la chose est comprise, ces sujets s'avèrent excellents.
C'est la question à ne pas poser, et c'est pourtant la question qui est toujours posée au cours d'une première rencontre. J'ai fini par me dire que c'était là une vieille habitude, une espèce
de réflexe. Le sujet agit avec moi comme il le fait avec son médecin allopathe lorsqu'il demande dans combien de temps il sera rétabli, combien de cachets il doit prendre, combien de séances de
kiné ou de laser seront nécessaires, etc.
Les thérapies régressives n'ont rien à voir avec le schéma des soins allopathiques pour la bonne raison qu'elles ne considèrent pas un mécanisme ou un organe particulier mais un individu dans
sa globalité et dans ce qu'il a d'unique. Ne cherchez donc pas un mode d'emploi aux thérapies régressives. Qui pourrait prétendre connaître votre intimité ? Qui peut savoir ce dont vous-même
n'êtes pas conscient ? Qui possède une carte des grands événements de votre vie et des obstacles qui se dresseront devant vous pendant les séances à venir ? Personne. Une fois que vous avez pris
la décision de changer quelque chose dans votre vie, vous êtres confronté à un facteur incontournable : le Temps. Lui seul sait à quel moment vous êtes capable d'affronter certaines informations.
Lui seul connaît l'instant où la poubelle de votre passé aura été complètement vidée ou suffisamment nettoyée.
Il est des personnes qui entament leur démarche en exposant un symptôme précis et en posant comme objectif la disparition de ce symptôme. Parfois, en deux ou trois séances, ces personnes
découvrent suffisamment d'éléments et revivent suffisamment de faits marquants pour que leur symptôme disparaisse effectivement. D'autres personnes, malgré une précision identique dans leur
objectif, doivent parcourir de très nombreuses périodes de leur vie pour avoir la réponse à leur problème. A chaque étape, elles glanent un élément qui les soulage d'autant parce qu'il apporte
une partie de l'explication tant attendue. Parfois, il y a un mieux étonnant et l'on croit que l'on peut arrêter la thérapie. Et puis, quelques semaines ou quelques mois plus tard, la personne
s'aperçoit que l'abcès n'est pas totalement vidé et il faut encore quelques séances. On se rend alors compte que d'autres éléments manquaient, qu'il fallait revivre d'autres événements pour
trouver l'explication complète du problème et permettre ainsi sa résolution.
Vous comprendrez donc qu'on ne puisse décréter le nombre de séances nécessaire à l'obtention d'un résultat ; l'être humain et ses souffrances ne peuvent se résumer à une opération
mathématique.
Cette question aussi est souvent posée au début d'une régression. Elle l'est encore plus crûment pour les personnes qui croient en l'existence de vies passées. "Comment saurai-je si je parle
réellement d'une vie antérieure ou bien si c'est mon imagination qui me joue des tours ?" demandent-elles. Ma réponse est systématiquement : on ne le sait pas et on s'en moque ! Même si le sujet
se trouve dans un état d'hypnose très profond et qu'il s'éveille en ayant tout oublié de la séance, personne ne peut affirmer que son récit concerne une vie antérieure ou une représentation
symbolique de la réalité. Et encore une fois, est-ce vraiment important ? Qu'y a-t-il de plus important que le résultat ? Le but du thérapeute n'est pas d'asseoir un dogme ou d'emprisonner
quiconque dans un schéma de pensée. Le souci constant du praticien doit être de libérer l'individu, de le rendre autonome, de lui faire retrouver l'idée d'une action possible sur sa vie.
Les sujets, d'ailleurs, ne s'y trompent pas. Même ceux qui, lors de la première séance, affirment une croyance bien établie en l'existence des vies antérieures, même ceux-là ne cherchent pas
à rouvrir le débat par la suite. Ils sont bien trop absorbés par le processus qui est en train d'ébranler les profondeurs de leur intimité. Ils n'ont plus le temps de se poser des questions.
S'apercevant qu'un changement s'opère, ils se concentrent sur ce changement. Quelle que soit l'idée que l'on se fait du matériel livré au cours d'une régression (petite enfance, vie antérieure,
fantasme, délire, rêve éveillé, imagination...), les mots ne sont pas importants. Si l'idée est en harmonie avec le système de croyances de l'individu, tant mieux. S'il ne l'est pas, ce n'est pas
un problème. Il suffit que la personne soit réellement ouverte et désire sincèrement dépasser la limite qui ruine sa vie.
Non, et il faut garder à l'esprit le fait que le sujet n'est pas là pour faire un numéro de cirque. Son rôle n'est pas d'apporter de l'eau au moulin des partisans de la réincarnation. Si, de
lui-même, il ne spécifie pas le lieu précis dans lequel se déroule l'histoire qu'il raconte, s'il n'apporte pas de date précise, c'est que ces élements n'ont pas d'importance dans le processus
thérapeutique. Il ne faut donc pas s'acharner à les faire préciser à tout prix. Le praticien n'en a d'ailleurs pas besoin puisque le sujet apporte la plupart du temps des informations, verbales
ou non verbales, qui permettent de comprendre qu'il n'est plus dans le présent.
Non. Une thérapie, quelle qu'elle soit, a pour but de nous éclairer. Elle ébranle en conséquence les fondements erronés sur lesquels vivait l'individu depuis de longues années. Pendant tout
ce temps, la personne a effectué des choix professionnels, familiaux, sentimentaux... Ces choix ont souvent été faits selon des critères qui n'avaient rien à voir avec la réalité mais se
fondaient sur une interprétation de la réalité. Lorsque la vérité nue apparaît à la conscience de l'individu, débarrassée de tous ses artifices, le choc peut être rude. L'individu s'aperçoit
qu'il a vécu sur du sable et qu'il a perdu un temps précieux à courir après des chimères. Cette révélation est souvent difficile à accepter. Découvrir que nos choix n'ont eu pour objet que de
camoufler la réalité, d'apaiser nos angoisses, voilà qui nous confronte violemment avec des errances dont nous ne sommes pas responsables. Il arrive alors fréquemment que la personne remette en
question des pans entiers de sa vie. Elle comprend pourquoi elle a choisi un partenaire ayant telle personnalité, pourquoi elle a embrassé tel métier, pourquoi elle évolue dans telle société.
Parvenir à un âge mûr et s'apercevoir que le temps a fui en illusions est une profonde douleur. La thérapie connaît alors un tournant et le patient s'ouvre à un avenir construit sur des
fondations nouvelles.
Le mot "freinée" n'est pas choisi au hasard. Il existe véritablement des freins au changement de l'individu, à son ancrage dans la réalité. Pour illustrer ces freins et établir un pont avec
la question précédente, il faut savoir que certaines maladies (des dépressions, par exemple) apparaissent au moment où la personne se retrouve face à elle-même. On peut citer l'exemple de la
retraite, ou encore celui d'une immobilisation due à un platrage après fracture, une hospitalisation, une maladie qui oblige à garder le lit, etc. Bien sûr, l'absence ou la diminution de notre
faculté d'adaptation est en cause, mais il faut s'interroger sur les raisons qui induisent cette absence ou cette diminution de notre réactivité.
Pendant sa vie active, en effet, l'individu est soumis à une forte pression. Inconsciemment recherchée par lui, cette agitation - professionnelle, notamment, mais aussi sociale ou encore
sexuelle - contribue puissamment à détourner son attention des problèmes originels de son existence. Autrement dit, elle concourt à maintenir en place le couvercle sur la marmite de la cause
première, à escamoter la réalité. Tout participe au déguisement symbolique de la réalité. Nous connaissons tous de ces acharnés du travail ou de ces bénévoles du monde associatif qui, toujours
sur la brèche, n'ont pas une minute à eux. Ils sont légion à faire ce qu'il convient pour se donner plus que de raison à une cause qui leur permet d'échapper à leur histoire. Un jour, ils ont une
crise cardiaque et personne ne s'étonne. "Il en faisait trop, il fallait que ça arrive un jour", dit-on de ces individus après leur mort. On leur décerne une médaille à titre posthume et tout le
monde trouve cela normal. "Dans la vie, il y a ceux qui se défoncent et il en était". Il ne viendrait à personne l'idée de penser que cette agitation excessive pouvait poursuivre un autre
but. Voyez-vous où se trouve le paradoxe ? L'individu qui essaie de s'oublier le fait pour ne pas que son équilibre soit menacé et il meurt de cette mesure de survie.
Vous aurez compris que, lorsque l'individu se trouve éloigné de cette vaine et illusoire agitation, c'est comme si ses défenses s'écroulaient. La réalité tente alors de remonter à la surface
et la personne est atteinte brutalement. La pression de la cause première, qui avait trouvé d'autres exutoires, se met alors à monter et ne peut plus s'extérioriser qu'à travers la maladie.
Cela fait bien comprendre que tout ce qui entretient l'illusion éloigne de la réalité. Si, pendant sa thérapie, le sujet a beaucoup d'occupations et, donc, beaucoup d'occasions de laisser son
esprit se disperser, celles-ci risquent d'amoindrir l'efficacité de la thérapeutique.
Il arrive parfois qu'un sujet veuille entreprendre une démarche régressive par pure curiosité, afin d'alimenter les discussions de salon. Cet engouement n'existerait pas si la mode n'avait
galvaudé l'esprit des régressions en en conservant seulement l'aspect spectaculaire. Si la mode n'était pas passée par là, nous ne rencontrerions, au cours des régressions dans ce que les sujets
appellent leurs vies antérieures, que des personnages simples, souvent anonymes. Des personnages qui n'ont pas marqué l'Histoire mais sont riches de drames personnels et donnent lieu à des récits
profondément émouvants et hautement symboliques. Il y en a heureusement une majorité.
Hélas, il y a aussi les inévitables moines tibétains, déesses égyptiennes et empereurs. Il y a les incarnations de personnages célèbres des siècles passés : prophètes, écrivains ou rois de
France. Très souvent, le récit de ces vies s'avère pauvre, plein de clichés. On a davantage l'impression de parcourir une biographie historique que d'accéder aux sentiments profonds d'un être
humain. La plupart du temps, ces vies sont racontées par des personnes qui effectuent une régression par curiosité, sans problème apparent à résoudre et sans aspiration spirituelle particulière.
Je dis : sans problème "apparent" car il est bien évident que les personnages retrouvés possèdent des caractéristiques précises (pouvoir, domination, cruauté, sensibilité, célébrité...) et que le
besoin de se projeter dans ces personnages révèle l'existence d'un problème chez la personne (timidité, peur, phobie, sentiment d'infériorité, sentiment de culpabilité, etc).
Derniers Commentaires